[11/30] La fracture numérique c’est quoi (Et comment elle s’aggrave avec l’IA) ?

(11/30) La fracture numérique c’est quoi : ce que révèle l’audition à l’Assemblée nationale

Article publié le 4 juillet 2026 · Temps de lecture : 7 minutes · Par Asma

La fracture numérique c’est quoi ? C’est à cette question que je vais apporter des pistes de réflexion suite à la nouvelle session parlementaire. La fracture numérique désigne l’écart d’accès, de compétences et d’usage entre les personnes qui maîtrisent les outils numériques et celles qui en restent exclues, un phénomène que l’audition du professeur Frédéric Pascal devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’intelligence artificielle vient de rappeler sous un angle nouveau, celui de l’enseignement supérieur.

En tant que formatrice indépendante, je croise ce terme en permanence dans mon activité, souvent réduit à une question d’équipement. Cette séance m’a poussée à en préciser les contours, parce qu’elle montre que l’arrivée massive de l’IA dans les universités françaises peut ajouter une couche entièrement nouvelle à ce phénomène déjà connu.

Dans mon article, je fais le tri entre ce qui relève du débat de société, à savoir la gouvernance nationale de l’IA, et ce qui touche directement ma pratique quotidienne de formatrice face à des lecteurs qui utilisent déjà, ou pas encore, ces outils.

[FAQ] Les 5 questions clés sur la fracture numérique c’est quoi ?

Si vous arrivez avec une question précise, voici les réponses directes aux interrogations que pose la fracture numérique aux formateurs et enseignants.

Qui est touché par la fracture numérique ?

Sont touchées en premier lieu les personnes déjà éloignées du numérique avant l’arrivée de l’IA, certains publics en insertion professionnelle, certains territoires ruraux moins bien équipés, et une partie des personnes âgées. L’audition du professeur Frédéric Pascal devant l’Assemblée nationale rappelle aussi que les étudiants eux-mêmes peuvent devenir victimes de cette fracture, si l’IA leur est imposée sans accompagnement pédagogique construit autour. Le rôle d’un formateur consiste alors à accompagner la bonne appropriation des outils, pour que l’IA reste un levier plutôt qu’un facteur d’exclusion supplémentaire.

Qu’est-ce que la fracture numérique chez les seniors ?

Chez les seniors, la fracture numérique se traduit souvent par une distance avec les usages de base, naviguer sur internet, utiliser une administration en ligne, ou comprendre un outil d’IA conversationnelle. Ce public a besoin d’un accompagnement lent, répété et humain, avant même de parler d’IA générative. Ce cas est révélateur d’un principe plus large confirmé par l’audition à l’Assemblée nationale : l’outil seul ne résout rien, sans médiation humaine l’écart se creuse au lieu de se réduire.

Fracture numérique que faire ?

Face à ce constat, le professeur Frédéric Pascal proposait devant les députés de généraliser des tuteurs personnalisés dans l’enseignement supérieur et de faire évoluer l’évaluation vers les compétences et le raisonnement plutôt que la simple restitution de connaissances. Il insistait sur l’urgence d’une formation massive de la société, portée par une gouvernance nationale claire, tout en alertant sur la lenteur administrative actuelle qui risque de freiner une transformation pourtant inévitable et rapide.

Qu’est-ce que la fracture numérique de premier degré ?

La fracture numérique de premier degré correspond à l’écart d’accès pur, avoir ou non un équipement, une connexion, un environnement matériel suffisant. C’est la forme la plus visible du phénomène, mais elle n’est pas la seule : les fractures de second et troisième degré concernent respectivement les compétences d’usage et la capacité à en tirer un bénéfice réel, professionnel ou personnel.

L’IA va-t-elle creuser une nouvelle fracture numérique ?

C’est précisément l’alerte portée par le professeur Frédéric Pascal devant l’Assemblée nationale : sans formation massive de la société et sans gouvernance nationale claire, l’IA risque de créer une fracture numérique qui lui est propre, en plus de la fracture numérique classique. Le décalage entre la rapidité de l’évolution de l’IA et la lenteur administrative actuelle est identifié comme un facteur aggravant direct de ce risque.

Chiffres et faits clés de la séance

L’audition du professeur Frédéric Pascal devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’IA a mis en avant plusieurs constats précis, appuyés sur son expertise en enseignement supérieur.

Des tuteurs personnalisés pour réduire la fracture numérique en formation

Selon l’audition, la généralisation de tuteurs IA personnalisés est présentée comme une réponse possible à l’hétérogénéité des niveaux étudiants, à condition d’être encadrée par un accompagnement humain. L’idée n’est pas de remplacer l’enseignant, mais de donner à chaque étudiant un rythme d’apprentissage individualisé, ce qui suppose une formation préalable des équipes pédagogiques elles-mêmes.

Évaluer les compétences plutôt que les connaissances face à l’IA

Le professeur Pascal défend un basculement de l’évaluation vers les compétences et le raisonnement, plutôt que la simple restitution de connaissances désormais accessibles par l’IA en quelques secondes. Selon l’audition, ce changement de paradigme est jugé indispensable pour que l’évaluation garde du sens dans un contexte où l’IA générative est déjà largement utilisée par les étudiants.

La lenteur administrative, facteur aggravant de la fracture numérique IA

Selon l’audition, la lenteur des processus administratifs actuels est explicitement identifiée comme un risque : elle pourrait freiner une transformation technologique pourtant inévitable et rapide, et ainsi entraîner une nouvelle fracture numérique liée spécifiquement à l’IA, distincte de la fracture numérique historique.

Concept différenciant : d’une fracture numérique classique à une fracture numérique IA

Ce que cette séance apporte de nouveau par rapport aux autres auditions de la série, c’est la mise en évidence d’un glissement : la fracture numérique ne se limite plus à l’accès à un ordinateur ou à une connexion internet. Elle se déplace désormais vers l’accès à un accompagnement de qualité dans l’usage de l’IA elle-même.

Selon l’audition, ce glissement se joue à deux niveaux, celui de la formation massive de la société, absente à ce jour, et celui de la gouvernance nationale, jugée insuffisante pour encadrer une adoption aussi rapide. Sans ces deux leviers, la fracture numérique IA risque de se superposer à la fracture numérique classique, en touchant cette fois des publics qui pensaient être déjà à l’aise avec le numérique.

Ce que ça va changer dans ma pratique

Cette séance m’amène à formuler plusieurs décisions concrètes pour mes prochains parcours pédagogiques, toujours dans une logique où je reste décisionnaire face à l’IA.

Documenter la fracture numérique dans mes parcours pédagogiques

Je projette d’intégrer une explication simple de la fracture numérique et de ses degrés dans mes premiers modules, pour que mes lecteurs identifient eux-mêmes où ils se situent avant d’utiliser un outil d’IA.

Adapter mon accompagnement aux formateurs les plus éloignés du numérique

Cela m’amène à envisager des formats d’introduction plus progressifs pour les formateurs qui découvrent tout juste l’IA, plutôt que de leur proposer directement des outils avancés qui creuseraient l’écart au lieu de le combler.

Renforcer la médiation humaine face à l’IA et à la fracture numérique

Je compte insister davantage, dans mes contenus, sur le fait qu’un outil d’IA seul ne suffit jamais : c’est l’accompagnement pédagogique qui transforme un usage de l’IA en réduction réelle de la fracture numérique, et non l’inverse.

Suivre l’évolution de la gouvernance nationale de l’IA en formation

Je projette de suivre les prochaines séances de cette mission d’information pour vérifier si les propositions de formation massive évoquées par le professeur Pascal se traduisent en mesures concrètes, avant d’en tirer des conclusions pour ma propre pratique.

Ce que je laisse de côté

Cette séance a également abordé la question de la gouvernance nationale de l’IA dans l’enseignement supérieur, ainsi que la généralisation des tuteurs IA à l’échelle de tout le système éducatif français. Ces sujets relèvent d’arbitrages politiques et institutionnels qui dépassent le cadre de ma pratique de formatrice indépendante.

C’est précisément pour ça que j’ouvre une série de 30 articles.

Conclusion

La fracture numérique n’est plus seulement une question d’accès matériel : l’audition du professeur Frédéric Pascal montre qu’elle prend une nouvelle forme avec l’IA, faute de formation massive et de gouvernance claire. Pour ma pratique de formatrice, cela signifie documenter cette fracture plutôt que la subir, et rester la garante de l’accompagnement humain autour de chaque outil que je propose. Rendez-vous dans mon prochain article, le 12/30 de cette série.

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Si vous avez l’impression de courir après le temps sans savoir où concentrer vos efforts, cet audit court vous aide à y voir plus clair sur les tâches où l’IA peut réellement vous faire gagner du temps en tant que formateur. Il prend 2 minutes à compléter.

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Pour aller plus loin sur la fracture numérique et l’IA, vous pouvez consulter mon article sur la triche et l’IA en formation, mon guide sur quelle IA choisir pour enseigner, ou ma réflexion sur comment l’IA transforme le métier de formateur.

6 réflexions sur “[11/30] La fracture numérique c’est quoi (Et comment elle s’aggrave avec l’IA) ?”

  1. Merci pour cet article.
    Effectivement même si l’IA permet à certains d’aller plus loin plus vite, la fracture numérique continue de se creuser. Il est important de ne pas l’oublier, même si l’état français avait mis en place un certain nombre d’initiatives pour tenter de la réduire.

  2. Ton article m’a fait penser à mon père. Il a toujours adoré la technologie et c’était souvent lui qui nous faisait découvrir les nouveautés. Aujourd’hui, il s’est beaucoup renfermé face au numérique, alors que les outils sont pourtant devenus plus accessibles. Ça me fait penser que la fracture numérique n’est pas seulement une question d’âge ou de matériel, mais aussi de confiance, d’énergie et parfois simplement de l’envie de continuer à apprendre. Je trouve ça assez triste, mais c’est une réalité que je vois autour de moi.

  3. J’avais bien conscience que l’IA allait aggraver le phénomène de fracture numérique et votre article le confirme. Je me pose la question maintenant de savoir comment le retard pris pourrait être comblé ? L’IA avance tellement vite et les décisions administratives se prennent tellement lentement… Par des actions individuelles comme la votre très probablement.

  4. On parle souvent de fracture numérique comme d’un simple problème d’accès aux outils, mais j’ai aimé que ton article montre que le sujet est bien plus large. Avec l’arrivée de l’IA, ce n’est plus seulement une question d’équipement, mais aussi de compétences, de compréhension des usages et de capacité à tirer parti de ces technologies. La fracture risque de se creuser entre ceux qui savent utiliser ces outils de façon pertinente et les autres. Une réflexion très actuelle qui rappelle que l’inclusion numérique ne se limite pas à fournir des outils, mais passe aussi par l’accompagnement et la formation.

  5. Un article très intéressant! J’avais en tête l’importance du développement de l’IA et son impact sur nos manières de travailler mais je n’y avais jamais songé sous l’angle de la fracture numérique..

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