
[10/30] Triche IA : ce que la mission parlementaire révèle pour les formateurs
Publié le 19 juin 2025 · Temps de lecture : 6 minutes
La triche avec l’IA désigne l’usage d’outils d’intelligence artificielle générative pour produire un contenu présenté comme personnel, sans en déclarer l’origine. Lors de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’IA, les représentants des auteurs ont alerté sur ce phénomène à grande échelle, qui touche aussi bien la littérature que la traduction et, par extension, toute production intellectuelle y compris pédagogique.
Je publie des articles, des vidéos et des formations avec l’aide de Claude. Je le dis systématiquement. Ce choix de transparence, que certains considèrent encore comme un aveu, est au cœur de ce que cette séance parlementaire a mis en débat. En lisant les comptes rendus de cette audition, j’ai reconnu des tensions que je vis directement dans mon activité de formatrice indépendante.
Dans cet article, je vous livre ce que j’ai retenu de cette séance pour ma pratique : pas le débat politique entre les éditeurs et les géants du numérique, mais ce qui change concrètement dans la façon dont une formatrice doit aujourd’hui documenter, déclarer et défendre son usage de l’IA.
[FAQ] Les 5 questions clés sur la triche IA
Si vous arrivez avec une question précise, voici les réponses directes aux interrogations que pose la triche IA aux formateurs et enseignants.
Quelle IA permet de tricher ?
Les outils les plus souvent associés à la triche IA sont ChatGPT, Claude et Gemini, utilisés pour générer des textes présentés comme personnels sans aucune mention de leur origine. La triche ne vient pas de l’outil lui-même, mais de l’absence de transparence sur son usage. Un contenu produit avec l’IA et présenté honnêtement comme tel n’est pas de la triche, c’est une co-production assumée. Ce que la mission parlementaire pointe, c’est justement l’opacité, pas l’usage en lui-même.
Quelles sont les 3 IA les plus utilisées ?
Selon les usages documentés en 2025, les trois IA génératives les plus utilisées en France pour la production de contenu sont ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) et Gemini (Google). Ces modèles sont capables de générer du texte, de reformuler, de synthétiser ou de traduire à grande échelle. C’est précisément cette capacité de production massive qui inquiète les représentants des auteurs auditionnés à l’Assemblée nationale, car elle peut être utilisée sans déclaration ni rémunération des créateurs dont les œuvres ont servi à entraîner ces modèles.
Quels sont les 4 types d’IA ?
On distingue classiquement quatre types d’IA selon leur niveau d’autonomie : l’IA réactive, qui répond sans mémoriser (comme les premiers systèmes d’échecs) ; l’IA à mémoire limitée, qui s’appuie sur des données récentes (comme les voitures autonomes) ; la théorie de l’esprit, encore en développement, qui viserait à comprendre les émotions humaines ; et l’IA générale, hypothétique, qui égalerait l’intelligence humaine dans tous les domaines. Les IA génératives actuelles appartiennent à la deuxième catégorie. Elles n’ont pas de conscience ni d’intention, ce qui rend d’autant plus nécessaire la supervision humaine.
Quels sont les 3 métiers qui survivront à l’IA ?
Les métiers qui résistent à l’automatisation partagent trois caractéristiques : ils mobilisent un jugement contextuel que l’IA ne peut pas reproduire, ils impliquent une relation humaine irremplaçable, ou ils nécessitent une responsabilité morale et légale. Dans le secteur de la formation, ce sont les formateurs capables de concevoir des expériences d’apprentissage ancrées dans un contexte précis, de lire une salle, d’adapter en temps réel, et de valider ce que l’IA produit, qui conserveront une valeur que l’automatisation ne peut pas effacer.
La triche IA est-elle détectable ?
Les outils de détection de contenu IA (ZeroGPT, Turnitin, GPTZero) génèrent un nombre important de faux positifs et faux négatifs, ce qui les rend peu fiables en l’état. Ce que les intervenants de la mission parlementaire ont souligné, c’est que le problème central n’est pas la détection après coup, mais la transparence en amont. Plutôt que de courir après les contenus synthétiques, la piste privilégiée est l’obligation de déclaration, notamment pour les contenus publiés à grande échelle ou à visée commerciale.
Chiffres et faits clés de la séance
Le pillage des œuvres : ce que les auteurs ont déclaré face à la triche IA
Les représentants des auteurs auditionnés par la mission d’information de l’Assemblée nationale ont employé un terme précis : pillage industriel. Leurs œuvres ont été utilisées sans consentement ni rémunération pour entraîner des modèles d’IA qui concurrencent aujourd’hui directement leur activité. Le droit de retrait prévu par la réglementation européenne existe sur le papier, mais les intervenants l’ont décrit comme inapplicable en pratique : la procédure est trop complexe, trop lente, et les plateformes ne facilitent pas la démarche.
Ce que la séance a mis en lumière, c’est l’absence de réciprocité. Les modèles apprennent des œuvres humaines, produisent des contenus synthétiques qui inondent le marché, et les créateurs dont le travail a rendu ces modèles possibles ne perçoivent aucune contrepartie. Pour la formation, le parallèle est immédiat : si un formateur publie des modules pédagogiques en ligne, rien ne garantit aujourd’hui que ces contenus ne servent pas, sans déclaration, à entraîner le prochain modèle.
La chute des revenus des traducteurs face à la triche IA
Le cas des traducteurs est celui que la séance a documenté avec le plus de précision. Selon les auditions, leurs revenus ont chuté de façon significative depuis la généralisation des outils de traduction automatique améliorés par l’IA. Le volume de commandes directes diminue, les tarifs s’effondrent sous la pression de la post-édition (relire et corriger une traduction produite par une machine, pour un tarif bien inférieur), et le statut professionnel de traducteur littéraire se précarise.
Les intervenants ont plaidé pour une refonte des aides publiques et un statut professionnel protecteur. Ce débat dépasse le secteur du livre : il pose la question de ce que vaut une compétence humaine dans un marché où l’IA peut produire une version acceptable en quelques secondes. C’est une question que je me pose aussi sur mon propre marché, en tant que formatrice qui utilise l’IA pour produire plus vite.
Ce que la triche IA révèle vraiment
La triche IA n’est pas un problème technique. C’est un problème de norme sociale. Ce que la mission parlementaire a mis en débat, ce n’est pas l’existence des outils, mais l’absence de convention collective sur leur usage déclaré. Pendant des décennies, on a su ce que signifiait signer un article, soumettre un devoir, publier un livre : cela impliquait une paternité, une responsabilité, une authenticité. Ces conventions sont aujourd’hui fragilisées, pas parce que l’IA produit du texte, mais parce qu’une partie des usagers choisit de ne pas le dire.
Ce qui me frappe dans cette séance, c’est que la solution n’est pas venue des parlementaires eux-mêmes, mais des praticiens : les auteurs, les traducteurs, les éditeurs ont réclamé non pas l’interdiction des outils, mais la transparence absolue et la régulation des contenus synthétiques. En d’autres termes, ils réclament exactement ce que je pratique depuis le début de mon activité avec l’IA, pour une raison simple : si vous utilisez l’IA sans le dire, vous fragilisez la confiance que votre audience a placée en vous. Pour un formateur digital, cette confiance est le seul actif qui ne s’automatise pas.
Ce que ça va changer dans ma pratique
Cette séance m’a amenée à formuler trois décisions concrètes pour la suite de mon activité.
Documenter ma pratique IA pour ne pas être assimilée à la triche IA
Je déclare déjà l’usage de l’IA dans mes contenus. Mais cette séance m’amène à envisager une documentation plus précise : non plus seulement une mention en bas d’article, mais une page dédiée qui décrit ma méthode de travail avec l’IA, ce que je délègue, ce que je valide, et pourquoi. Ce niveau de transparence n’est pas une contrainte : c’est un argument éditorial. À mesure que la triche IA se répand, la traçabilité de la démarche humaine devient un facteur de différenciation réel.
Distinguer IA de production et IA de substitution dans mes contenus triche IA
La distinction que cette séance m’a aidée à clarifier, c’est celle entre une IA qui accélère mon travail et une IA qui le remplace. Quand j’utilise Claude pour structurer un plan que je valide, reformule et enrichis, je suis dans la co-production. Quand un contenu est généré, publié sans relecture et présenté comme personnel, on est dans la substitution, et potentiellement dans la triche. Cette distinction, je projette de l’intégrer explicitement dans les modules que je produis sur l’usage de l’IA en formation : elle répond à une question que beaucoup de formateurs se posent sans oser la formuler. Pour aller plus loin sur le choix des outils, je vous renvoie à mon article sur les IA adaptées aux enseignants.
Intégrer la question de la triche IA dans mes modules de formation
Les formateurs que j’accompagne ont besoin d’un cadre pratique, pas d’un débat philosophique. Cela m’amène à envisager d’ajouter un module court sur la question de la triche IA dans mes parcours : comment définir ses propres règles d’usage, comment les communiquer à ses clients ou à ses apprenants, et comment les faire évoluer à mesure que les normes professionnelles se précisent. Ce n’est pas un sujet de morale, c’est un sujet de positionnement. Mon article précédent sur l’IA et la créativité posait déjà cette question sous un autre angle : où commence la création humaine quand l’IA structure le contenu ?
Ce que je laisse de côté
Cette séance a couvert des sujets que je ne traite pas ici : le détail des négociations en cours entre les éditeurs et les plateformes technologiques, le régime juridique précis du droit de retrait dans le cadre du règlement européen sur l’IA, et les débats sur la définition légale du contenu synthétique. Ces sujets relèvent du droit et de la politique culturelle, pas de la pratique terrain d’une formatrice indépendante. Je ne suis pas juriste, et me prononcer sur ces points sans qualification serait présomptueux. C’est précisément pour ça que j’ouvre une série de 30 articles : pour lire ces séances depuis la position qui est la mienne, pas depuis celle que je n’ai pas.
Conclusion
La triche IA n’est pas une question réservée aux étudiants qui soumettent des devoirs rédigés par ChatGPT. C’est une question que chaque professionnel qui utilise l’IA doit se poser : est-ce que je déclare ce que je fais, et pourquoi ? Cette séance parlementaire m’a confirmé que la transparence n’est pas une option éditoriale parmi d’autres : c’est ce qui distingue un usage professionnel assumé d’une pratique qui fragilise la confiance à long terme. Le prochain article de cette série (11/30) portera sur le parcours pédagogique et la façon dont l’IA peut en transformer la conception.
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Mon résumé IA en vidéo :
Et si vous préférez commencer par la vidéo, elle est ici :
Voir la vidéo YouTube sur la triche IA et la mission parlementaire
Merci Asma pour cet éclairage.
Je pense que ce débat est nécessaire même si je trouve difficile d’appliquer le nutriscore à la création humaine. Pour la formation, contrairement à l’édition de livres pour l’instant je trouve cela moins grave tant que la formation est réalisée avec le formateur car pour moi elle ne fait que l’augmenter. Pour les formations purement à distance sans « vrais » formateur je trouve cela plus problématique.
Mais tout ce questionnement est devenu essentiel !
J’ai apprécié que ton article ne se limite pas à dénoncer le problème, mais qu’il invite à réfléchir à ce que l’on cherche réellement à évaluer. Après tout, si un outil permet de contourner facilement un exercice, c’est peut-être aussi l’occasion de repenser certaines pratiques. Une réflexion intéressante qui dépasse largement la seule question de l’IA et interroge notre rapport à l’apprentissage lui-même.
Tu poses une vraie nuance entre utiliser l’IA pour aller plus vite et l’utiliser pour se remplacer soi-même. La partie sur la transparence et la documentation de ta pratique est très parlante : au fond, ce n’est pas l’outil qui abîme la confiance, c’est le flou autour de son usage.